Tout, tout de suite, plus vite, jusqu’à quand ?


Culte de l’urgence : comment votre cerveau s’adapte à cette frénésie ambiante ? Si les conséquences sont connues (épuisement professionnel…) quels sont les coûts associés ? Et si ce stress était le frein majeur à la réussite de vos projets professionnels ? Est-il encore possible d’y échapper ?

Je vous propose de répondre à ces questions à l’appui de recherches scientifiques récentes sur le culte de l’urgence et ses conséquences.

Tout va trop vite !

Et pourtant la tendance est plutôt à « faire du surplace ».

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment d’urgence si fort qu’il vous dépasse ? Ce mélange d’excitation, de culpabilité, cette soif de tout, tout de suite et cette incapacité, au final, à répondre aux multiples sollicitations, à la maison, au travail, pendant les loisirs, cette étrange impression de ne plus vous appartenir.

Les marchés financiers sont tendus, les demandes de productivité augmentent sans cesse avec pour leitmotiv : plus, plus vite, plus efficace, plus innovant au moindre coût. Mais en réalité où se situent ces coûts ?

Tous concernés !

Patrons, clients, parents, étudiants, salariés ou en quête d’emploi. Cela commence souvent innocemment au détour d’une conversation par une remarque sur l’impossible gestion des mails qui n’en finissent plus d’arriver, par vos interrogations pour tenter une fois encore de comprendre les demandes de votre hiérarchie parfois si contradictoires que vous avez de plus en plus de mal à les traiter.

Pourtant rien ne semble vouloir stopper cet élan, et finalement chacun y participe à sa façon.

Les relations se nouent et se dénouent d’un clic, les entreprises se restructurent à grande vitesse tout comme votre poste de travail. Ajoutez à cela votre bain quotidien, d’informations et de réseaux sociaux, ce pouce fébrile au réveil, balayant votre Iphone dans une chorégraphie automatisée, mélangez le tout, inutile d’agiter et mesurez les conséquences de ce rythme de vie effréné sur votre bien-être physique et mental.

Tout va trop vite - BougeTonJob.com

L’homme augmenté existe-t-il ?

De nouvelles pathologies apparaissent liées aux risques psychosociaux comme l’épuisement professionnel (à ne pas confondre avec la dépression), des Tocs (liés à un choc professionnel) ou des névroses comme la nomophobie (c’est-à-dire la peur excessive d’être séparé de son portable)…

Un constat préoccupant

Si chacun possède sa propre capacité à vivre des événements similaires à des degrés de stress différents, les psychologues et sociologues se rejoignent pour aboutir à la conclusion suivante :

Nous sommes tous atteints ou dépendants de l’accélération importante et continue de nos rythmes de vies.

Selon la sociologue Nicole Aubert invitée de l’émission « La tête au carrée » qui a écrit « Le culte de l’urgence : La société malade du temps« , toutes les études sociologiques montrent une forte corrélation entre l’apparition de cette accélération et l’arrivée des nouvelles technologies de communication.

Technostress, rien de nouveau

N’oublions pas que le culte de la vitesse, hier encore symbole de jeunesse et de réussite, a signé son heure de gloire avec l’avènement de l’industrie automobile et une nouvelle gestion du travail, mis en place par J. FORD, qui fut l’un des premiers à comprimer le temps avec un système d’organisation et de production de masse.

Quels sont les véritables changements ?

[…] je pense passer plus de six heures par jour sur le Net. Six heures ! Pour être honnête d’ailleurs, ce n’est pas ainsi qu’il faut compter. Car si je ne passais que six heures, additionnées, identifiables, de 7 heures à 10 heures et de 20 heures à 23 heures, ce ne serait pas si grave. Je pourrais contrôler ce temps comme un loisir, le réduire, mieux le dispatcher. Mais le temps du Net est vicieux, impalpable ; il s’immisce dans l’emploi du temps à chaque minute, chaque pensée. Mentalement, je suis en permanence sur les réseaux, tout le temps, partout. Connecté, relié aux autres via mon téléphone, mon ordinateur, mon IPad et même ma télévision ; obsédé par ce qu’il se passe, ce qu’il se dit, je veux en être à tout instant. Je suis de ceux qui doivent savoir et s’exprimer. Mon appétit d’information et de connexion est infini, je dois coûte que coûte participer à cette gigantesque conversation qui se déroule en temps réel, à portée de mobile. J’aime lire les polémiques, les traits d’esprit, les scoops et les révélations. J’aime débusquer les rumeurs, relayer les inepties et offrir en pâture un bon mot. C’est jouissif, ce sentiment d’être membre d’une bande de déconneurs de tous bords qui donnent un goût délicieux à nos journées. […]

Extrait de l’excellent billet :  “Les réseaux sociaux étaient ma drogue dure”. En voie de désintoxication, un geek raconte son addiction par Cyrille de Lasteyrie pour le magazine CLES.

Depuis l’arrivée de « La troisième révolution industrielle«  après l’essoufflement du Fordisme, le développement des nouvelles techniques de communication apporte un nouvel effet à cette simple notion de vitesse, un effet indispensable à notre «(d)évolution» : la simultanéité, système particulièrement puissant, aliénant et débilitant, lorsque nous perdons conscience des limites de nos capacités cognitives, c’est-à-dire nos capacités à mettre en place les filtres nécessaires à notre bien-être mental et physique.

Les pressions économiques, les pressions professionnelles et relationnelles, ce sentiment de toute-puissance lié à cette instantanéité s’exprimant par la volonté de satisfaire nos désirs dans l’instant, tels des enfants capricieux, peuvent aussi générer des logiques d’urgences irraisonnées.

Un autre phénomène, et non des moindre, est aussi l’origine de ce nouveau stress qui peut mener à l »épuisement professionnel et celui-ci va avoir un impact conséquent sur l’ensemble de vos projets professionnels et de vos tâches quotidiennes au travail. Ce stress généré par une perte de vos repères identitaires, ces bastions ancestraux qui permettent à chacun de se construire, de créer son histoire, sa continuité, de se projeter dans l’avenir.

Comment trouver du sens dans l’urgence, la précarité et des demandes incohérentes et si souvent répétées ?

off - Déconnecter - Tout va trop vite - >Bougetonjob.com

Tenter de gérer plusieurs tâches en même temps, rester hyper vigilant et hyper réactif mènent à des résultats peu surprenants de stress, de démotivation, d’inefficacité et de contre productivité, en plus des pathologies qui peuvent en découler.

Dans son livre Jean-Philippe Lachaux « Le cerveau attentif », ce directeur de l’INSERM nous explique le fonctionnement du cerveau, il met l’accent sur le processus complexe associé au traitement d’une information pour réaliser une tâche. Il relève quelques légendes urbaines comme cette capacité inexistante à traiter plusieurs tâches en même temps.  Car non, nous ne sommes pas des poulpes, chacune de nos petites mains (deux au total) a besoin d’attention et de coordination. Chimiquement, si certains d’entre vous possèdent des neurones plus entraînés, mieux équipés pour traduire, encoder et transmettre l’information à l’équipe de neurones voisins afin aboutir à une action, les dites actions peuvent demander l’accès à des chemins neuronaux très différents voire opposés.

Sébastien Bohler, docteur en neurobiologie évoque une étude qui a été effectué aux USA dans le secteur de l’industrie qui estimait ce coût de contre productivité et de non qualité à une perte de 500 millions de dollars/an.

Citation de C. Aznavour - Je suis un dictateur... Tout va trop vite - Bougetonjob.com

Est-il encore possible de ralentir ?

Il n’est pas facile de gérer les pressions économiques, sociales et technologiques, l’importance de la rentabilité et la dictature des marchés laissent peu de marge à une quelconque résistance.

Car ce rythme de vie s’il a été si rapidement adopté, c’est aussi parce qu’il a un autre effet qui viendra compléter les précédents, ce plaisir d’obtenir des gratifications immédiates, plaisir qui viendra activée une partie cérébrale opposée à celle de la planification, de l’anticipation nécessaire à la réalisation et à la réussite de vos projets professionnels, comme le montre cette autre étude : le secret de la maîtrise de soi.

Comment résister quand tout autour de vous incite à l’urgence, plus de consommation, plus vite, moins de conscience…

Les étude sur cette accélération des rythmes de vie sont nombreuses, Sébastien Bohler cite une autre étude qui démontre que face à des stimuli visuels de Fast Food, l’individu perd en capacités organoleptiques, ses sens captent moins d’odeur et moins de goûts.

Débrancher - Tout va trop vite - Bougetonjob.com

Un besoin impératif de débrancher

Un besoin vital de vagabondage mental, c’est-à-dire d’alterner 2 types de circuits neuronaux bien différents l’un réagissant à des stimuli externes, l’autre fonctionnant « par défaut » et se focalisant simplement sur le temps qui passe… ce circuit si particulier qui permet un moment à soi pour rêver, méditer, créer.

Dans son livre Jean-Philippe Lachaux nous explique que pour apprendre, pour développer votre créativité ou simplement accomplir une tâche avec efficacité, la meilleure solution et de pouvoir éduquer son attention. Vous verrez en parcourant ce livre que ce n’est pas si ce n’est pas évident au départ, chacun peut y arriver avec un peu d’entrainement.

Norman Doidge, psychiatre canadien auteur de nombreux travaux universitaires sur la neuroplasticité, auteur du livre « Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau » nous décrit l’effet plastique du cerveau qui démontre que des éléments de notre cerveau se reconfigurent continuellement en fonction des stimulations exercées quel que soit l’âge ou l’état de l’individu. Ce qui signifie que vous pouvez apprendre à tout âge, développez des capacités « amoindries ou perdues » par la maladie par exemple. Cela veut aussi dire que vous pouvez, comme pour un chemin forestier mal entretenu, « perdre » des capacités existantes.

Quand vous ne « déconnectez » plus ou trop peu, vous prenez le risque de perdre vos capacité d’attention et de créativité. Ce vagabondage mental est pourtant essentiel à la structuration de votre mémoire de travail par exemple, c’est-à-dire à la capacité à garder en mémoire une certaine quantité d’information essentielle à la réalisation d’une tâche pendant toute la durée nécessaire.

Le stress, la perte de sens et de repères, la quantité d’ordre et de contre ordre, l’hyper vigilance fragmentent et affectent de manière conséquente vos capacités et votre santé.

Comment faire pour ralentir son rythme de vie ?

Si l’environnement professionnel laisse peu de choix dans certains cas, vous avez des leviers possibles dans votre vie personnelle, des réponses possibles que vous connaissez déjà :

  • Définir ou revoir vos priorités
  • Respecter vos besoins physiologiques
  • Réajuster vos rituels quotidiens
  • Supprimer les gadgets électroniques, ces distractions visuelles et sonores
  • Mettre en place des outils d’organisation efficace pour vos projets
  • Apprendre à vous concentrer sur une seule tâche à la fois
  • Prendre un vrai temps pour soi et pour les siens
  • Apprendre à dire non,
  • Rêver, marcher, méditer, goûter…

La saveur des choses - Citation Soeur Emmanuelle - Bougetonjob.com

Pour aller plus loin, voici quelques sources utilisées pour la rédaction de ce billet :

« La tête au carré » – France Inter : L’accélération de nos rythmes de vie.

Sébastien Bohler, docteur en neurobiologie, journaliste à la revue Cerveau & Psycho qui a écrit : L’épuisement professionnel écrase le cerveau.