La distance idéale pour une communication efficace


Entendre le bruit de ses pas suffisait à me crisper… Avant même qu’il m’adressait la parole, je n’avais qu’une envie le repousser de mes deux mains voire quelques fois de mes deux pieds, tellement je le sentais proche…

Ses yeux fixes et globuleux, qui semblaient vouloir s’extraire de sa tête à chaque fois qu’il prenait la parole, associés à son sourire figé de supermarché, participaient grandement au malaise qu’il occasionnait à chacune de ses interventions.

Le pire, c’est qu’il semblait en être fier.

En effet, il se vantait avoir appris et peaufiné cette technique dans «une grande école» de commerce. Persuadé que c’était la meilleure façon de prendre l’ascendance sur ses interlocuteurs. Il pensait ainsi dominer son auditoire et faire preuve de leadership. C’était, selon lui, une technique infaillible pour asseoir son autorité, qu’il croyait naturelle auprès de son équipe, qui, je l’appris plus tard, le surnommait affectueusement «le bouffon».

Bon élève, appliqué, ce directeur avait tout lu et tout appris sur les techniques de manipulation et de séduction, car pour lui, ces deux techniques « similaires » représentaient la meilleure façon de communiquer. Autant vous dire que centré sur lui-même avec une attitude permanente de contrôle, il ne restait que peu d’espace dans la relation à l’Autre, que ce soit pour ses clients ou pour son équipe.

Alors qu’il dépassait la quarantaine, il commençait pourtant à se poser quelques questions. Il semblait avoir perdu la flamme…

Il avait la sensation désagréable que les autres semblaient le fuir. Il commençait à ressentir un certain malaise autour de lui, que sincèrement il ne comprenait pas. Il se demandait même si «les gens» écoutaient vraiment ce qu’il avait d’important à dire…

Peut-être vous est-il arrivé comme moi de vous sentir particulièrement mal à l’aise, face à ce type d’attitude. Sachez que cet échange peut être perçu comme une véritable agression et interrompt bien évidemment toute forme de communication. Cette situation engendre presque immédiatement une série de mécanismes de défense.

Voyons une des problématiques de ce manager, et concentrons-nous aujourd’hui sur sa perception erronée de la notion de territoire en communication.

Touche pas à mon espace !

A l’image de l’animal, l’Homme définit son espace par des lois et des usages qui le préservent des intrusions et du danger.

Alors, même si la majorité d’entre nous n’a plus besoin de déposer son odeur aux 4 coins de la pièce pour marquer son territoire, il nous reste un fort besoin de repères et d’habitudes pour nous sentir en confiance et pour nous mettre à l’écoute de nos congénères.

La distance efficace pour communiquer

Tout dépendra du message et des relations entretenues avec les autres.

Mais connaissez-vous les critères qui définissent la distance idéale qui facilitera, ou au contraire déstabilisera votre interlocuteur.

Il y a tout d’abord une histoire ancestrale de territoires, notion divisible en 3 parties : le territoire tribal, familial ou personnel.

Appartenir à une tribu, nécessite des signes d’appartenances communs, un code, un langage, des rites… Chaque membre doit satisfaire à un certain nombre d’obligations. C’est le cas pour un pays, une association, un club ou une entreprise.

A l’intérieur d’une tribu, vous pouvez observer des « mini tribus » à l’image de votre lieu de travail, ce sera les différents services qui compose votre entreprise, le service Qualité, le service RH, ceux du bureau du fond…

Le territoire familial quant à lui est un territoire reconnu légalement, qui se justifient par des actes notariés, des noms sur une boite aux lettres, une décoration personnalisée… Et comme précédemment, cet espace se divisera en sous-espace entre le salon, la cuisine ou la bibliothèque et deviendront des territoires personnels comme le capharnaüm du petit dernier interdit aux adultes 😉

Point de territoire neutre

Peu d’espace pour la neutralité en communication, tout espace est partagé, tout territoire est enclavé dans d’ autres territoires.

Tout espace a ses rites et ses codes.

Combien de négociations interculturelles ont échouées par manque de connaissance et de décryptage de ces codes ?

Combien d’entretiens de recrutement se sont transformés en véritable confrontation par une occupation d’un espace mal agencé ?

Tout ce qui nous sépare

Mais revenons un instant à notre client au comportement intrusif, qui pourtant se situe bien dans un territoire commun, celui de l’exercice d’un emploi au sein d’une même entreprise.

Un autre élément essentiel existe en communication, c’est la proxémie ou distance physique qui sépare les individus. Cette distance permet immédiatement de connaître le degré d’intimité qui les relie les personnes entre elles sur un même territoire.

En France, l’espace considéré culturellement comme nécessaire entre 2 inconnus que l’on appelle « limite personnelle » se situe entre 30 et 50 centimètres. En-deçà les normes de politesse et de savoir-vivre sont rompues.

Il est cependant notable que ce qui parait intrusif dans certaines circonstances, peut être acceptable ponctuellement, comme par exemple de diminuer la limite de son espace personnelle en rentrant du travail dans le bus ou dans une file d’attente. Et que la distance idéale au sein d’un même pays peut également varier, ainsi la limite personnelle dans le Nord de la France est bien différente de celle du Sud.

Pour compliquer le tout, viendra s’ajouter à cela, la personnalité, la représentation que chacun se fera de la tâche à effectuer ou de l’attitude de l’autre en fonction de son histoire de vie personnelle ou de l’antériorité de la relation.

Occupe-toi de ta zone !

Selon sa culture, son environnement social, sa position hiérarchique et l’attitude de son interlocuteur, l’homme délimite son type de relation spatiale.                    Edouard T. Hall

Cet anthropologiste américain reconnu, notamment pour un de ses livres que je vous recommande :

La Dimension cachée


Dans ce livre, il explique l’incidence sur les comportements sociaux et culturels, selon différents rapports entre l’homme et l’espace. Il décrit une notion de distance qui conditionne le comportement humain et qui a pour conséquence de rapprocher ou éloigner les Hommes au sens large du terme. Pour l’auteur, l’homme se sert donc de l’espace, c’est une «dimension cachée» dont il n’a pas toujours conscience.

Ami ou ennemi ?

Dans une rencontre, c’est alors la distance qui nous sépare de nos interlocuteurs qui conditionnera le rapport établi et qui pourra varier au cours de la conversation. C’est un bel indicateur non verbal qui pourra vous aider à évaluer la situation.

Secrets et chuchotement dans la zone intime réservée à vos proches. C’est la zone que franchissait systématiquement ce directeur croyant convaincre par des « techniques soi-disant infaillibles de séduction et de manipulation ». C’est une zone où l’on peut très vite se sentir agresser et en danger.

A partir de 60 cm jusqu’à 1m 20, en France, c’est la distance qui sépare deux amis, vous entrez dans la zone de convivialité ou zone personnelle où chacun montre à l’autre qu’il est en confiance. C’est une zone ouverte qui permet à un autre individu de se mêler à la conversation. Laisser quelqu’un pénétrer dans cet espace, c’est accepter qu’il puisse vous toucher.

Multiplier cette dernière distance par 2 et vous délimitez ce que l’on appelle la zone sociale où l’on peut se serrer la main de son interlocuteur pour le saluer, et où l’on garde la distance nécessaire pour l’observer. C’est le cas des entretiens de recrutement, de négociation, d’animation de formation ou de réunion d’équipe.

Au-delà de la zone sociale (3m en France) vous entrez dans la zone publique, c’est la zone des discours, des exposés, c’est une zone plutôt réservé aux groupes qui installe une relation peut propice à la participation.

Restez à l’écoute de vos ressentis

Si vous avez l’impression qu’un malaise s’installe pendant que vous parlez, c’est que celui-ci existe certainement…

Vous avez des capteurs internes beaucoup plus puissants que la simple observation visuelle. Prenez le temps d’un silence et d’une respiration, reculez-vous et mettez tous vos sens en action pour comprendre ce qui se passe. Cela peut-être juste une histoire de distance…

Si l’on vous invite à un entretien, respectez les règles de bienséance, ne déplacez pas des objets intempestivement, car ils font partie du statut, de la personnalité, des rites de la personne qui vous reçoit.

Chaque changement de zone modifie la relation, quand votre patron vous invite dans son bureau, quel type de distance met-il en place ? Est-ce que le ton de sa voix change ? Sa posture ?

Définir votre zone de confort et décrypter celle de l’autre vous permettra sans aucun doute de faciliter les interactions et rendre votre communication professionnelle plus efficace.

N’hésitez pas à partager votre expérience à ce sujet et cet article s’il vous a intéressé.

Belle semaine à vous 🙂


2 commentaires sur “La distance idéale pour une communication efficace

  • Jaydes

    Ah moi pour les relation sociales j’ai détourné un adage.

    « Ne fait pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse »

    Est devenu chez moi
    « Fait à l’autre ce qu’il t’a fait »

    Oui ça ressemble à la loi du talion mais pas du tout, beaucoup de gens ne se rendent pas compte de leurs attitude. Le fait de leur faire subir ce que tu n’apprécies pas remet souvent les pendules à l’heure.
    Bien entendu cela ne s’applique pas bêtement et une certaine analyse sur soit et l’autre est important avant cette mise en œuvre.

    • Sandrine Auteur du billet

      C’est une technique qui peut faire ses preuves effectivement, comme tu le précises à la condition de faire une petite analyse au préalable pour éviter de rompre définitivement la communication. Car le type de personne dont je parle ici, n’avait pas, à l’époque du moins, cette capacité de recul et de remise en question nécessaire pour réagir à cet adage. Il est même fort probable qu’il aurait pu apprécier cet effet miroir, et hop te voilà avec un nouvel ami très très proche 😉

      T’es-tu déjà retrouver dans ce type de situation ?

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