Bavardages corporels en entretien de recrutement


Communiquer c’est transmettre

L’homme communique depuis la nuit des temps avec son corps, sa voix et plus récemment (… à l’échelle de l’humanité 😉 ) avec des mots.

Pour continuer notre voyage au pays de la communication, je vous propose d’accoster sur la rive des gestes qui parlent.

L’expression de votre corps, les micromouvements de votre visage sont une source inépuisable d’informations le plus souvent émise de manière incontrôlée et interprétée de manière inconsciente.

Après vous avoir expliqué l’importance des gestes en communication, je vous offrirai quelques astuces utiles pour réussir vos prochains entretiens de recrutement.

Il était une fois, le langage

Mélange de sons, de sens et de mouvements, cette syntaxe complexe peut se révéler telle une danse, harmonieuse et rythmée, par des mouvements et une musique, teintés d’émotions qui ont pour but de transmettre un message cohérent et compréhensible pour celui qui sait se mettre à l’écoute de ses sens.

Les messages du corps

Au début naquit le geste

Des recherches en éthologie et en psychologie démontrent que chimpanzés et babouins possèdent la particularité de communiquer avec la main droite (connectée dans ce cas précis, à l’hémisphère gauche du cerveau où se situent les centres du langage – l’aire de Broca (responsable de la production de la parole) et l’aire de Wernicke (qui donne du sens aux mots).

Les chercheurs remarquent que lorsque que ces singes communiquent entre eux, l’activité cérébrale enregistrée est latéralisée. A l’image de la communication humaine, elle a également la même intensité et elle mobilise les mêmes structures nerveuses.

Il n’y avait donc qu’un pas pour avancer l’hypothèse que nos ancêtres auraient commencé à communiquer de cette même manière, c’est à dire avec la main droite.

Ce système gestuel primaire, devenant de plus en plus complexe et de ce fait de plus en plus limité, se serait développé au fur et à mesure jusqu’à l’apparition de la vocalisation.

Nathalie Tsourio, chercheuse spécialisée dans l’imagerie cérébrale a mis au point une expérience qui consistait à observer l’activité neuronale d’un échantillon d’individus au moment où ils regardaient la vidéo d’une personne racontant une histoire.

La narration se fit tout d’abord dans la langue maternelle du sujet, puis dans une langue étrangère qu’il ne comprenait pas, enfin en langage des signes tout aussi inconnu.

Les résultats de cette petite expérience sont étonnants, ils montrent que les mêmes aires cérébrales sont activées lorsque que l’histoire est racontée aussi bien en langue maternelle qu’en langue des signes, cette dernière pourtant inconnue par le sujet. Tandis qu’aucun des centres du langage ne sont pas activés lorsque l’histoire est racontée uniquement vocalement dans une langue inconnue.

Ces observations tendraient à confirmer l’hypothèse que le décodage des gestes, la catégorisation du sens donné au message transmis, son intégration, sa formulation et sa transmission formeraient un noyau commun entre la pantomime et la vocalisation.

Ton corps sait…

Pour Merlin Donald (chercheur-enseignant à l’université de psychologie), tant que le cerveau n’a pas élaboré des modèles gestuels, il ne peut pas faire bouger les muscles nécessaires au langage. Ce qui signifie que tant que le message n’est pas reconnu et interprété, il ne peut pas être transmis.

Tout cela devrait vous faire penser aux processus attentionnels, dont je vous ai parlé, il y a quelques temps. Ce chercheur déclare que c’est grâce à la capacité mimétique (capacité à reproduire des évènements par des gestes) qu’un message pourrait être reconnu et transmis.

C’est parce que le geste trouve sa limite que le langage s’impose.

Ce qui caractérise l’homme c’est qu’il construit un environnement technique et symbolique qui l’oblige à se dépasser. Nous sommes amenés à faire des choses pour lesquelles nous ne sommes pas « faits  » initialement.

C’est la culture qui nous fait utiliser le potentiel inexploité de notre cerveau. Tout enfant est capable dès qu’il parle de comprendre et d’interpréter un ensemble de mots combiné entre eux, même s’il ne les a jamais entendus auparavant.

Merlin Donald

Exprime-toi, je te regarde

Pour Bruno Falissard (directeur de recherche à l’INSERM) le développement de la vocalisation aurait progressé grâce à la catégorisation des sons et leur reconnaissance qui aboutiront à la création d’un lexique commun à une même tribu. Pour ce chercheur, l’évolution langagière aurait été la combinaison de 3 paramètres concomitants : des êtres humains rassemblés en groupes sociaux avec pour but l’amélioration de l’efficacité et la survie du groupe, des organes et une plasticité cérébrale adaptés à cette évolution.

Le langage sert à coordonner l’interprétation de deux réalités distinctes entre deux individus pour en former une troisième.

Bruno Falissard

Créer une même réalité ensemble

Comment des robots apprennent-ils à parler ?

D’autres recherches permettent de savoir comment il est possible de créer artificiellement un langage à partir des caractéristiques suivantes : la vue, le mouvement et le son.

C’est donc à l’aide de deux robots possédant ces caractéristiques et capables d’interagir entre eux que cette expérience pris forme.

Placés devant une série d’objets simples (un cube, un cylindre…), ils vont réussir à créer un lexique commun auto-inventé de la manière suivante :

  1. Robot A produit un son pour nommer le cube
  2. En réponse Robot B désigne d’un geste le cube ou un autre objet
  3. Robot A confirme alors (ou non) la correspondance entre le son et l’objet identifié

Si les deux robots sont d’accord entre eux, alors, le son associé à l’objet est validé. La communication est établit entre les deux robots, ils se comprennent, un langage artificiel est né.

L’expérience devient particulièrement intéressante au fur et à mesure de sa complexité, tout en rejoignant les hypothèses des chercheurs précités.

En effet, comme pour un enfant qui commence par exprimer des sonorités, puis des mots simples pour désigner les objets de son environnement. Plus le processus d’identification des objets devient complexe, en ajoutant par exemple plusieurs objets de couleurs, de taille différentes…, plus les robots, tout comme les enfants qui apprennent à parler, sont obligés de créer des nuances qui vont complexifier le langage employé. Les sons deviennent syllabes, se transforment en mots puis en phrases.

Dans notre expérience, ce langage auto-inventé continue à progresser en introduisant des catégorisations de type [nom + verbe] qui viennent structurer un lexique grâce à une syntaxe artificielle étonnamment proche de celle des Hommes.

Le geste précède la parole

Vous avez sans doute entendu parler de la communication non verbal ?

Vous vous demandez peut – être, en quoi tout ceci est important pour votre communication professionnelle ?

Vous savez peut-être que certains gestes sont à éviter en entretien de recrutement ?

Voyons maintenant si le décodage de ces gestes simples est si magique qu’il y paraît. 😉

Ecouter, regarder… avant de dire

Décoder pour réussir vos entretiens

Avant d’aller plus loin, j’aimerai que vous vous remémoriez votre dernier entretien, celui qui était essentiel pour votre avenir professionnel.

Rappelez-vous et dites-moi…

Était-il facile pour vous, de rester concentré pendant plus d’une heure sur les questions de votre interlocuteur, tout en essayant de les comprendre sans perdre le fil, en restant focalisé sur vos objectifs tout en tentant de construire la réponse la plus adéquate ?

Cela vous rappelle-t-il des souvenirs ?

Parce que déjà lors d’une simple conversation, votre attention et vos petits blocs neuronaux qui clignotent de partout ont déjà un sacré boulot pour rester concentrés. Alors ajouter à cela l’observation consciente et l’interprétation des gestes de votre interlocuteur, vous caler à sa respiration etc… peut devenir, à mon humble avis, une véritable prouesse sans méthode et sans entrainement au préalable.

Je me souviens d’ailleurs avoir vécu un entretien de recrutement des plus surprenants, avec un candidat qui m’avait avoué en aparté avoir récemment appris quelques techniques pour améliorer sa communication…

Avant même de commencer l’interview, je l’observai attentivement alors qu’il essayait péniblement d’imiter à la perfection mes gestes. Je le voyais si concentré sur le rythme de ma respiration, sur le débit de mes paroles et la façon dont je tenais mon stylo, tout en se tortillant pour imiter ma posture qu’ il n’entendait plus mes questions…

L’observation et le décodage de la gestuelle est une compétence qui peut se développer, sans pour cela devenir une science exacte.

Souhaitez-vous progresser dans ce domaine ?

Je vous invite à apprendre à être à l’écoute de vos ressentis, avant d’apprendre à observer. Ensuite seulement vous pourrez intervenir sur l’interaction en cours, car n’oubliez pas que vous n’êtes pas seul en communication, l’autre aussi vous observe 😉

Ce que vous êtes parle si fort que je n’entends pas ce que vous dites.

Ralph Waldo Emerson

Les grimaces du corps

La communication silencieuse est faite de nombreux artéfacts : les territoires, les tribus, les distances, votre état émotionnel, les parfums de votre environnement, les vêtements, la posture entière ou partielle de votre interlocuteur etc…

Regardez pour adapter votre discours

Les postures, un arrêt sur image représentant le miroir de votre état psychique et le niveau qualitatif de l’interaction entre vous et les autres. Les postures vous renseignent sur la manière dont votre interlocuteur vit l’interaction du moment.

En caricaturant un peu, pendant un entretien de recrutement on pourrait distinguer 4 types de postures :

  • Les postures de soumission : « je me fais tout petit »

La personne semble contractée, elle prend un minimum d’espace et semble se recroqueviller sur elle-même. Elle reflète une image de timidité ou d’allégeance à leur interlocuteur.

  • Les postures de domination : «je me fais plus grosse que le bœuf »

L’individu semble à l’inverse en extension. Le thorax en avant, jabot gonflé, tête haute, épaules ouvertes, l’individu donne une image surdimensionnée voire envahissante.

  • La posture en approche : «j’ai envie de participer»

La tête avancée, le buste penché en avant, les bras et pied en avant dans la direction de votre interlocuteur, démontre de l’intérêt pour ce qu’il vous dit et vice et versa. Cependant si cette posture est généralement considérée comme une posture d’accueil où chacun va vers l’autre, une posture d’approche dans la zone intime peut aussi signifier, que l’un des 2 protagonistes est prêt pour le combat…

  • La posture de rejet : «prêt à bondir»

C’est une posture d’évitement, celle du boxeur qui veut éviter les coups. Mains en protection, buste en arrière, votre interlocuteur est prêt à prendre son élan pour se préserver, ou pour marquer son refus. Vous pouvez également voir quelques fois son corps se tourner de profil, assis une moitié de fesse sur la chaise les jambes tournées sur le côté, la tête en recul et il semble vous regarder de travers. Le tout est de savoir s’il s’agit d’une fuite ou au contraire d’une menace ?

Les postures sont des indicateurs très intéressants, car elles résultent de ce qui vient de se dire et sont facilement observables chez l’autre. Prendre en compte ces instants, c’est mieux comprendre l’interaction qui se joue au moment quasi présent pour pouvoir s’y adapter au mieux.

Par exemple quand un recruteur entend :

J’ai été licencié mais je garde un très bon souvenir de mon dernier emploi…

Et en même temps quand il voit :

Une posture opposée au discours, dans notre exemple, ce pourrait être, un regard fuyant, le corps voûté ou des signes évidents de nervosité…

Il va probablement insistersur des questions que vous souhaitiez absolument éviter !

Vous ne pouvez pas vous mentir à vous-même
sans que cela ne se voit…

Un entretien professionnel se prépare aussi physiquement

Vous êtes la première personne à convaincre de vos qualités pour ce poste. Tant que vous n’aurez pas trouvé une manière acceptable, pour vous-même, de traduire un message chargé émotionnellement, vous ne pourrez pas masquer vos sentiments.

3 questions essentielles pour apprendre à décoder

Vous êtes en entretien, prenez le temps de respirer et d’observer ce qui se passe entre vous et votre interlocuteur, notamment quand lors de changement de posture. Vous n’avez pas besoin, pour commencer, de mettre en mots sur vos ressentis.

  • Cohérence ou incohérence ?

Vérifiez le rapport, au même instant, entre le contenu du discours, le sens des mots et la posture que l’autre vous montre, tout cela vous semble-t-il adapté ?

  • Consonance ou dissonance ?

Il y a dissonance quand 2 postures partielles sont en opposition, par exemple entre le haut du corps (les bras grands ouverts orientés vers vous) et le bas du corps (bassin et les jambes orientées sur le côté, prêtes à partir). Ou à l’inverse l’ensemble vous parait-il harmonieux et symbole de consonance ?

  • Congruence ou incongruence ?

Les postures sont congruentes quand les deux interlocuteurs sont dans un échange collaboratif. Les postures sont souvent symétriques sans être pour autant singées. Au contraire, quand « le courant ne passe pas », il y a incongruence. Le rapport entre les deux protagonistes est opposé, lorsque par exemple, l’un a les bras tendus vers l’autre, pendant que ce dernier reste les mains croisées sous le bureau.

Toutes les études sont d’accord pour dire que le rapprochement de deux êtres se fait davantage sur des comportements semblables que sur une convergence d’opinions.

La motivation ne s’écrit pas

Cessez d’écrire dans vos lettres de motivation, « je suis motivée pour le poste de … » cela n’a aucun de sens !

L’écrit est un support que l’autre pourra lire et relire à sa guise, le lecteur possède un référentiel sémantique qui est forcément différent du vôtre.

Votre motivation s’exprimera au travers de votre corps et de votre posture.

En vous mettant en accord avec la posture de l’autre, vous entrerez plus facilement dans son univers, rassurez et rassurant vous facilitez les interactions avec les autres.

Il ne s’agit en aucun cas de faire semblant ou de forcer les choses, vous ne tromperez personne. Les capteurs sensoriels des êtres vivants sont des plus aiguisés, cela aurait comme conséquence de semer le doute dans l’esprit de votre recruteur et ce doute suffira à faire basculer une décision, même si elle n’est pas explicable rationnellement.

La parole est un fruit dont l’écorce s’appelle bavardage, la chair éloquence, et le noyau bon sens.

Tierno Bokar

Des questions, des expériences à partager sur ce sujet, n’hésitez pas la case commentaire est faite pour cela 🙂


4 commentaires sur “Bavardages corporels en entretien de recrutement

  • GAELLE

    Bonjour Sandrine,

    Très bon article. Les piqûres de rappel font du bien. Mais ce n’est pas toujours évident de maîtriser sa gestuelle surtout lorsqu’elle fait partie entière de son mode de communication, au point de se trahir parfois puisque le naturel reprend le dessus sur le contrôle.
    As-tu des conseils, ou cela vient avec l’expérience à force d’entrainement ?

    J’espère que tu tiens le coup.
    Bonne journée,
    Gaëlle.

    • Sandrine Auteur du billet

      Coucou Gaëlle,

      Quel plaisir de te retrouver ici, je vois que tu es sensible à mon petit hommage aux danseurs-théâtreux-musiciens 😉

      Tu as raison, le naturel revient vite au galop surtout quand l’enjeu est fort et le stress très présent, c’est bien pour cela que la communication se travaille et que l’on n’est jamais aussi bon que bien préparé.


      As-tu des conseils, ou cela vient avec l’expérience à force d’entrainement ?

      J’ai de nombreux conseils à ce sujet qui sont en cours de préparation 😉 car cela s’apprend et cela se travaille. Chaque entretien est une formidable opportunité pour progresser vers la réussite à condition de respecter quelques codes.

      Jolies vacances à toi
      A très vite
      Sandrine 🙂

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